Finesse Plus, quelles sont nos demandes ?

Alors que les échéances du législateur pour la mise en place de la loi « drone » se rapprochent, il nous apparaît utile de rappeler nos demandes :

1/ La différenciation des drones et des aéromodèles est essentielle. Un drone est un aéronef ayant la capacité d’évoluer ou de naviguer automatiquement hors vue de son opérateur. Un drone possède un contrôleur de vol ou (et) un système de transmission d’images vidéo.

Un aéromodèle est un aéronef dépourvu à la fois d’un contrôleur de vol et de système de transmission d’images vidéo. Piloté exclusivement manuellement en vue directe et à proximité de son pilote.

Nous demandons que cette distinction essentielle apparaisse dans les décrets d’application avant qu’un amendement exclue l’aéromodélisme de la loi drone. C’est la condition indispensable si nous souhaitons conserver une activité d’aéromodélisme en France à moyen terme.

2/ L’obligation d’adhésion de milliers de modélistes à un système fédératif est une mesure discriminatoire. Il y a, de fait, un monopole accordé aux clubs affiliés à la FFAM pour bénéficier des dérogations de la loi, ce qui nous semble illégal, discriminatoire et contestable devant le Conseil d’État. Au niveau de la réglementation européenne élaborée par l’EASA, les exemptions proposées, sont applicables à « toute structure légalement établie dans un état membre  dont l’objet est la conduite de vols de loisirs, de présentation, ou d’activités de sport ou de compétition avec des aéronefs sans personne à bord. »

Nous demandons que toute association, organisation, entreprise dont l’objet est la pratique de l’aéromodélisme puisse bénéficier des mêmes dérogations.

3/ La loi « drone » est non conforme aux règlements Européens. La loi drone Française impose unilatéralement l’équipement des aéromodèles de dispositifs électroniques spécifiquement français, hors zones agrées, à tous les citoyens Européens pratiquant l’aéromodélisme en France. Cela remet en cause les droits fondamentaux des citoyens de l’union européenne.

La loi Drone met la France en porte à faux vis à vis des règlements Européens. Il y a atteinte à la liberté d’association pour les citoyens français, et atteinte à la libre circulation des biens et des personnes pour les citoyens de l’union européenne.

4/ Imposer à tous un dispositif électronique hors zones « sensibles » est contestable. Le dispositif de signalement franco-français ne serait utile qu’à proximité des sites sensibles ou interdits qui ne représentent qu’une très faible partie du territoire. Imposer ce dispositif en toutes zones est donc excessif et déraisonnable.

La France est engagée par traité sur la convention de Chicago de l’OACI dont l’objectif est de favoriser la circulation aérienne. Imposer par la loi un système de signalement électronique, complexe, non certifié, d’un coût significatif et introuvable sur le marché revient de fait à interdire la circulation aérienne sur la très grande majorité du territoire.

Il n’est pas acceptable que la quasi totalité des aéronefs sans personne à bord volant en France ne soient plus conformes à la loi du jour au lendemain.

Au vu de ces éléments, nous demandons donc que tous les acteurs concernés reviennent autour de la table, nous ne nions ni le besoin sécuritaire de l’État ni le contexte à l’origine de la loi, mais ce texte élaboré dans la précipitation et l’approximation est inapplicable. Talleyrand disait : « tout ce qui excessif est insignifiant ». Sans changements profonds, cette loi risque de rejoindre le long cortège de l’insignifiance des textes votés, qui sans l’adhésion de la population concernée, sont restés dans le néant de l’histoire.

Didier Frutieaux

Président de Finesse Plus

 

Pourquoi faut il différencier les drones des aéromodèles ?

Drone vs AMNous l’avons entendu lors du débat au parlement sur la loi « drones », désormais chaque parlementaire posant une question sur celle-ci reçoit la même réponse « copier-coller » de la part des services du Ministère des Transports à savoir la DGAC : « En effet, avec l’évolution des pratiques et de la technologie, il ne s’avère pas possible de distinguer en termes juridiques de manière non ambiguë l’aéromodélisme traditionnel de la pratique de drones à des fins de loisir: certains aéromodèles dits traditionnels embarquent désormais des contrôleurs de vol et, dans un cadre de loisir, les drones s’opèrent à vue comme les aéromodèles. ». Outre le fait que répondre la même chose à tous les représentants de la nation pose question, cette assertion est inexacte. Finesse Plus travaille depuis de nombreux mois sur la définition de ce qu’est un drone et de ce qu’est un aéromodèle, et notre groupe d’expert a réussi à définir en termes précis (note a télécharger) ce que sont ces aéronefs sans personne à bord. Ce qui peut être défini du point de vue technique peut donc l’être juridiquement sans aucune ambiguïté.  D’ailleurs, suite à l’action de Finesse Plus, la DGAC est prête à évoluer sur la notion de «pilotage exclusivement à vue», ce qui constitue de fait la reconnaissance de la différentiation.

Pourquoi différencier ? Par exemple pour l’assurance. Depuis 60 ans, le bilan de l’aéromodélisme RC est excellent. De fait les primes d’assurances sont parmi les plus basses de tous les sports ou activités, au même titre que le cerf volant, le tennis de table ou la sophrologie (1). Certains d’entre vous l’ont constaté, depuis la promulgation de la loi, il est désormais extrêmement compliqué d’obtenir un contrat couvrant le risque lié à l’aérien. Certaines sociétés d’assurances très connues ont même résilié leur contrat couvrant des associations aéromodélistes depuis de nombreuses années. En effet, comparer le risque lié à des drones opérant en zones urbaines ou peuplées avec ceux des aéromodèles qui sont pilotés dans des espaces de pleine nature n’a rien à voir. Or un assureur, comme tout intervenant du monde des affaires déteste l’incertitude. Mécaniquement, cela fait augmenter le coût du risque. Et associer depuis peu dans un même sac, aéromodélisme et drone ne plait pas aux actuaires de certaines compagnies d’assurance Françaises.

Mais il existe une raison plus objective de différencier; les aéromodélistes ne veulent pas être assimilés aux comportements dangereux de certains «dronistes» : vols en agglomérations, dans le couloir d’approche des aéroports ou de nuit, la presse est pleine d’exemples de faits divers rapportant des comportements dangereux et illégaux. N’en déplaise à certains, l’aéromodélisme appartient au monde de l’Aviation.

Finesse Plus,  Fevrier 2018

 

 

 

(1) L’assureur de l’Ufolep, fédération sportive multi activités, du yoga au motocross en passant par le foot et l’aéromodelisme classe ses activités de R1 à R6D. Le modélisme aérien, naval ou terrestre est classé en R1 soit un cout pour la Responsabilité Civile de presque 3 euros/an/licencié en 2018. A l’opposé, pour le moto-cross en R6D c’est plus de 110 euros.

Argentine : Drone vs Boeing

DRrmvApW0AAr8MzLe 22 décembre dernier est intervenue très vraisemblablement la première collision grave entre un drone et un avion de ligne. Les faits se sont déroulés en Argentine durant l’approche finale de l’aéroport de Buenos Aires Aeroparque et ont impliqué un Boeing 737-800 de la compagnie nationale Aerolinas Argentinas. L’impact s’est produit au niveau du moteur. Il s’agit donc d’un très sérieux incident impactant directement la sécurité du vol. Les pales du fan du moteur ont été sérieusement endommagées mais l’appareil a pû se poser normalement. Les conséquences de cet incident n’ont pas tardé car les autorités argentines ont appelé immédiatement à une nouvelle loi sur les drones, en espérant que cela puisse avoir un impact sur  des agissements aussi irresponsables, ou tout simplement comme chez nous, prendre une posture de communication vis à vis de l’opinion publique. En effet, on a bien a vu avec l’exemple récent du Canada où une législation des plus restrictives au monde a été mise en place mais n’avait pas empêché une collision récente entre un drone et un Beechcraft 1900 d’une compagnie régionale.

Naturellement, nous rappelons que la pratique de l’aéromodélisme, n’a rien à voir avec des agissements consistant à opérer un drone dans le couloir d’approche d’avions de ligne. D’un côté, il existe une pratique responsable avec des pratiquants possédant une culture aéronautique qui pilotent à vue leur aéronef et de l’autre, une ouverture du ciel anarchique à des opérateurs non formés ni informés. (Nous rappelons que le minimum pour un opérateur de drone est d’avoir pris sérieusement connaissance de la brochure de la DGAC)

Finesse Plus demande aux autorités françaises que la spécificité de l’aéromodélisme et son excellent bilan de sécurité soient reconnus dans la loi. L’aéromodélisme tout entier refuse l’assimilation indifférenciée au sein de la catégorie dite des « aéronefs sans personne à bord ».

Nous en faisons une priorité pour nos prochaines actions en 2018.

 

Future législation française, le seuil des 800g est-il tenable ?

Les faits qui se sont déroulés le 12 octobre au Canada auront des répercussions mondiales. Dans l’approche terminale de l’aéroport de Québec , un King Air de transport régional de la compagnie SkyJet, transportant 6 passagers et 2 membres d’équipage a heurté à 1500 pieds (450 m) un drone de petite taille, très probablement de loisir. La collision est intervenue au niveau de l’extrémité de l’aile droite et les dégâts sont mineurs. Le vol commercial a pu se poser sans encombre.
Le ministre canadien des transports a réagi, c’est pourtant lui-même qui a mis en place une des réglementations les plus contraignantes du monde pour les aéronefs sans personne à bord, en limitant à 300 ft (90 m) l’altitude aussi bien des drones que des modèles réduits.
Le dernier incident montre une fois de plus que toute mesure législative, prise sous le coup de l’émotion, (elle faisait suite à l’évitement violent d’un drone par un avion de ligne, manœuvre qui avait blessé deux hôtesses à bord) est inapplicable : Le politique veut vite légiférer de peur qu’on lui reproche de n’avoir pas protégé la population, les forces de polices ne sont pas formées et ne comprennent ni les mesures votées ni la population visée, en l’occurrence les auteurs de survols illicites qui ignorent royalement les nouvelles règles.
Indépendamment de cette collision, pour 2018 une nouvelle loi est prévue au Canada avec certificat de compétence, coordonnées du propriétaire à l’intérieur du modèle, et enregistrement à partir de… 250 grammes. Ça ne vous rappelle rien tout ça ?
Le Canada s’aligne ainsi sur les Etats Unis et la position européenne décrite dans le dernier NPA sur le seuil de masse de 250 gammes retenu pour l’enregistrement des aéronefs sans personne à bord. Il n’y a guère plus que la France qui, contre vents et marées, continue à vouloir défendre, au moins en façade, le seuil de masse de 800 g. Les mauvaises langues diront que c’est pour protéger le marché intérieur d’un ex leader mondial du drone de loisir qui se désengage d’ailleurs actuellement de ce marché en perte de vitesse.
On voit mal comment la position des autorités françaises est tenable, même à court terme. Il y a tout de même une incongruité à vouloir défendre cette position, car c’est entre 250 et 800 grammes que sont situés la majorité des drones de loisir vendus en France et qui sont potentiellement les plus risqués pour la sécurité aérienne. Il s’agit là d’une zone « grise » créé par le législateur. Si une collision Drone de loisir / Avion de ligne a lieu en France, cela lui sera immanquablement reproché. (nous espérons tous que cela n’aura jamais lieu.)
Les aéromodélistes, dont tout le monde s’accorde à dire qu’ils ne présentent pas de risques en matière de sécurité aérienne, mais dont les modèles font majoritairement plus de 800 g seront tous soumis à partir du 1er juillet 2018 à l’enregistrement et à « l’attestation de suivi de formation » sans discernement. C’est pour cette raison que nous réclamons toujours dans la future législation française la distinction drones / aéromodèles.

Consultations DGAC / EASA : nos propositions

496a2fa2adLa DGAC a lancé le 3 août 2017 une consultation sur les décrets et les arrêtés d’application de la loi drone. Finesse Plus a répondu à celle-ci dans le timing et le format demandé.

Les textes proposés par la DGAC sont la conséquence directe de la loi drone. Nous pensions il y a un an qu’il fallait amender au maximum la loi drone, les faits, hélas nous donnent raison.

Au-delà des deux points qui nous semblent hautement contestables, à savoir le monopole de la fédération historique et l’imposition d’équipement électroniques sans qu’un standard européen ait été déterminé, nos demandes sont minimes et essayent de limiter la casse.

Après avoir consulté nos membres et recueilli les remontées du terrain, nous avons attiré l’attention du législateur sur l’incompréhension que suscite toujours la loi drone parmi la population aéromodéliste. De celle-ci naît un risque de rejet de l’ensemble de la loi  Sans un réexamen rapide de la situation particulière de l’aéromodélisme, la loi du 24 octobre 2016 aura donc une portée limitée qui satisfera peut être le législateur mais qui nuira essentiellement aux aéromodélistes et particulièrement à la pratique de pleine nature.

L’autre consultation qui a nécessité un travail collaboratif du groupe de travail durant tout l’été concerne le NPA, c’est à dire la future législation européenne sur les aéronefs sans personne à bord de moins de 150 kg, à laquelle la France sera obligée de se conformer.

Devant le tollé provoqué par la première version auprès de tous les aéromodélistes européens, il a été décidé de proposer une nouvelle version et de la soumettre à consultation publique.

Finesse Plus a remis un document à l’EASA comportant 29 propositions toutes rédigées en langue anglaise (le lien ci-avant donne un exemple). Nous proposons en particulier à l’agence de définir des scénarios types pour le vol des aéromodèles, et en particulier pour les planeurs pour leur permettre d’exploiter les ascendances au-delà de la hauteur de 120 m/ sol. L’intégralité de notre contribution n’est malheureusement pas en accès libre, en revanche voici la traduction du courrier d’accompagnement qui synthétise parfaitement nos propositions.

Par ces contributions, Finesse Plus démontre qu’elle est devenue en un an un un pôle de compétence et un acteur incontournable au service de l’aéromodélisme français et européen. Désormais la voix de la base, celle des pentes et des terrains, est entendue au plus haut niveau.

Finesse Plus dans la Presse

EstRepublicainAprès La Provence et le Bien Public, Le Dauphiné Libéré, c’est le grand quotidien de l’Est de la France, l’Est Républicain qui relaye à son tour les inquiétudes des aéromodélistes sur les conséquences de l’application de la loi « Drones ». Dans cet article, Stéphane Mognol, membre fondateur et vice-président de Finesse Plus a répondu au journaliste au sujet de la différentiation drones/ modèles réduits. Stéphane est un compétiteur de haut niveau dans les catégories F3B/F3J, planeur de performance en durée et en vitesse pour qui cette différentiation est essentielle pour la survie de l’aéromodélisme.

Retrouvez l’article de L’Est Républicain

 

USA : l’aéromodélisme gagne en justice face à la FAA

faa-logoLes aéromodélistes américains viennent de marquer un point face à l’administration américaine en charge de l’aviation civile : la toute puissante FAA Federal Aviation Administration. En effet l’enregistrement de tout aéronef sans personne à bord a été jugé illégal par un collège de 3 juges de la cour d’appel pour le district de Columbia (Washington) au motif que la FAA (equivalent de la DGAC chez nous) n’est pas habilité à édicter des nouvelles lois, c’est le rôle du congrès.

La requête, présentée par l’avocat aéromodéliste John Taylor était soutenue par la 170519-taylor-230x300puissante fédération aéromodeliste américaine : l’Academy for Model Aeronautics AMA qui se bat depuis des années contre les réglementations trop contraignantes. En effet l’AMA souhaite la reconnaissance fédérale de son système d’enregistrement. En effet chacun de ses membres doit inscrire son n° d’adhérent sur ses modèle. C’est simple, facile, économique et efficace. Pas besoin de créer des usines à gaz comme envisagé de ce côté de l’Atlantique.

La FAA a réagi avec mesure à cette décision, en rappelant ses objectifs qui sont la sécurité des vols habités et qui sont naturellement partagés par tous.

Mais tout le monde ne s’est pas réjoui de cette décision. Ainsi Brian Wynne, président and CEO de l’AUVSI, Association for Unmanned Vehicle Systems International a regretté le jugement comme Brendan Schulman, le vice président en charge des affaires juridiques chez DJI « L’enregistrement des drones est une bonne politique car il favorise la responsabilité (des utilisateurs) et donne ainsi à la FAA l’opportunité de former les pilotes avec des directives pour des opérations sûres ».

L’enregistrement fédéral ne serait il pas une moyen pour des fabricants de drones de se dégager de leur responsabilité vers la société en se donnant ainsi bonne conscience ?

Plus prosaïquement, cette décision américaine va t’elle peser sur la future réglementation européenne ? En tout cas l’enregistrement des modèles dans la loi drone pose question sur nos libertés individuelles et le fichage des citoyens aéromodélistes à priori honnêtes et respectueux du droit.

Quelques liens pour approfondir la question pour les anglophiles :

http://www.modelairplanenews.com/news-flash-appeals-court-strikes-faa-drone-registration/

http://amablog.modelaircraft.org/amagov/2017/05/19/faa-registration-requirement-struck-down/

https://www.geekwire.com/2017/hobbyist-faa-drone-registration/

http://money.cnn.com/2017/05/19/technology/drone-registration-faa/

https://www.suasnews.com/2017/05/ama-statement-federal-court-appeals-ruling-faa-registration-rule/

 

L’espace-U ou le plan pour dégager l’aéromodélisme du ciel européen

BarrierL’aéromodélisme subit depuis plusieurs mois au niveau européen une offensive réfléchie, coordonnée, puissante. Tous les pays européens ont vu leurs gouvernements, leurs parlements ou leur administration se saisir du dossier « aéronef sans personne à bord » dans une synchronisation quasi parfaite. Le vol radiocommandé, qui existe depuis des décennies avec un bilan de sécurité et de sûreté remarquable comme le prouve le montant ridicule des primes d’assurance pour l’aéromodélisme, est soudainement devenu problématique,  il fallait dans l’urgence le réglementer, le limiter, le brider, le concentrer.

En France on nous a expliqué que c’était une question de sécurité nationale, et surtout qu’il fallait que l’on soit compréhensifs car on était en plein état d’urgence, et que nous devions nous montrer coopératifs car nous étions entourés d’ennemis qui en voulaient à la France et qu’avec nos petits avions, nous  risquions d’être confondus avec eux, donc tout cela était pour notre bien.

En fait tous les gens qui nous tiennent ce type de discours depuis deux ans, ne sont que les relais (conscients ou pas), d’une entreprise réfléchie, planifiée, organisée méthodiquement, qui a décidé de faire disparaître les aéromodélistes du ciel européen.  Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils sont un obstacle à la mise en place d’un marché européen des services par drone. (European drone services market).

De quoi s’agit-il ?

La commission européenne  par la voix de la commissaire aux transports Violetta Bulc a décidé que le potentiel du marché européen des services par drones était « énorme » sans donner d’indication précise. En effet elle l’estime « entre 200 millions d’euros à plusieurs milliards », admirez la précision ! Peut-on imaginer une entreprise présentant un business plan à son banquier avec une estimation de son potentiel  aussi approximatif ? Visiblement cela ne gêne pas la commission qui impose ainsi avec légèreté à toute l’Europe son orientation vers une marchandisation du ciel totale et dérégulée.

En quoi sommes-nous concernés ? 

Pour mettre en place son plan, la commissaire a décidé de créer un nouvel espace aérien : l’espace U qui est compris entre 0 et 150 m d’altitude, précisément le volume utilisé par la majorité de l’activité aéromodéliste. (U-space, cité par EASA, NPA 2017-05 (A), page 12)

Pour comprendre de quoi il s’agit, je cite le communiqué du 23 novembre 2016 de la commission européenne :

« Finally, many drones will fly well below the levels used by manned air traffic – below 150m. This is the U-Space, where the most dynamic part of the drone service markets can develop in the short term. That is why both individuals and business should have easy and fair access to the U-Space. » Traduction :

« De plus, beaucoup de drones voleront bien en dessous les niveaux utilisés par le trafic aérien habité – en dessous de 150m. C’est l’espace U, où la partie la plus dynamique du marché des services par drones peut se développer à court terme (2019, selon la commission). C’est pourquoi les individus ainsi que les entreprises doivent avoir un accès facile et significatif à l’espace U ».

Le plan de la commission est donc clair : Dans cet espace aérien ainsi créé, qui se substitue ainsi aux classes habituelles (A à G), on donne ainsi la primauté au tout business et on augmente les contraintes sur les gêneurs que nous sommes. On l’a vu récemment en France par la volonté de nous imposer des dispositifs de signalement électroniques, des dispositifs de limitations de performances, des klaxons, et autres dispositifs lumineux surréalistes afin nous faire abandonner progressivement ce petit coin de ciel qui est pour nous le symbole de notre liberté.

Ce projet émane de la commission européenne, dirigée par Jean Claude Junker  dont je le rappelle, aucun membre n’est élu. Il est porté par la commissaire d’origine slovène Violetta Bulc dont on ne peut pas dire qu’elle a brillé dans le passé par ses qualités de femme d’état mais qui en revanche s’est faite remarquer en tant que dirigeante d’entreprise, dans l’informatique, l’innovation et le transport . Compte tenu de son parcours professionnel, sa volonté d’imposer les drones à toute l’Europe est-elle un hasard ?

Comment ne pas s’interroger sur l’ascension fulgurante de Mme Bulc ? Entrée en politique seulement en 2013, elle devient commissaire européenne en 2014 après avoir été ministre sans portefeuille du gouvernement slovène. Elle n’a dirigé ni collectivité,  ni même été le maire du moindre village de son pays, la Slovénie qui a rejoint l’Europe seulement en 2004. Par contre cette personne s’est faite remarquer par ses croyances ésotériques et des liens entre sa société commerciale et des organismes « éducatifs » dont les méthodes sont contestées par les associations de prévention des dérives sectaires. Cette personne est elle la mieux placée pour conduire une réforme du ciel européen ?

Que pouvons-nous faire ?

C’est maintenant à la communauté aéromodéliste européenne de se mobiliser et d’attirer l’attention des gouvernements et des parlements nationaux sur cette orientation de la commission. Nous devons prendre notre destin en main et ne pas se soumettre à ce plan concerté et réfléchi.  Nous les aéromodélistes, en tant que citoyens européens, pouvons exprimer à nos gouvernements notre indignation devant cette entreprise qui en quelques années risque de remettre en cause un loisir et une industrie européenne, bien réelle cette là, avec des conséquences dramatiques sur le tissu économique et social.

Finesse Plus, a commencé ce long travail de dialogue et d’information avec le parlement, le gouvernement et nos autorités.

Malgré la force de l’attaque, je dis à ceux qui auraient comme dessein la fin programmée de l’aéromodélisme, qu’ils prennent d’abord la mesure de notre passion et qu’ils ne sous-estiment pas notre détermination. Celle-ci est plus que jamais totale.

Didier Frutieaux,

Président de Finesse Plus.

Traduction d’une lettre ouverte d’un modéliste allemand à ses collègues…

franck-masselaertNous reproduisons ici un post de Franck Masselaert publié sur Facebook. Celui ci nous a paru intéressant car il lance le débat sur l’orientation actuelle de notre hobby. Il met l’accent sur les rôles et les responsabilités de chacun dans le contexte mondialisé du commerce d’aujourd’hui. Il en rappelle les enjeux qui sont aussi des sujets de société. Franck est professionnel de l’aéromodélisme et auteur du livre « 2019, la révolution des drones »

Le modélisme : une activité en péril …

Les commerçants en modélisme, ces professionnels qui forment et aident leurs clients à notre loisir technique, souffrent actuellement de l’instabilité des prix d’achat et des prix de vente incontrôlés et juridiquement incontrôlables. Nombre d’entre eux ont mis la clé sous la porte en 2016, et l’hécatombe continue en ce début d’année.
Alors, que va-t-il se passer si, comme Horizon, les distributeurs – entendez les grossistes – se mettent à vendre dans un avenir proche, directement au client final, sans intermédiaire ? Les produits Horizon étaient déjà vendus sur le marché avec une marge de plus en plus dérisoire pour les revendeurs qui pour la plupart se résignaient à les distribuer du fait de la demande provoquée par un énorme battage médiatique -on avait jamais vu cela dans la profession- C’est la méthode à l’américaine : on met beaucoup d’argent sur le tapis pour s’accaparer un marché en utilisant des éléments performants – dans notre cas les magasins allemands et européens – puis, une fois la clientèle captée, on les laisse tomber, sans état d’âme, pour s’accaparer leur marge et faire plus de profit. De nombreux magasins vont désormais boycotter cette marque est c’est tant mieux car si on laissait faire, les conséquences pourraient être que les vrais fabricants qui soutiennent les commerces spécialisés en continuant la distribution traditionnelle par leur intermédiaire soient eux-mêmes mis en faillite du fait de cette concurrence stupide, égoïste et déloyale, motivée par le seul appât du gain.
Tous les fabricants doivent-ils également vendre au client final ? Mais alors qui fournira les conseils si l’on fait disparaitre le tissu des revendeurs spécialisés ? D’ailleurs, qui fera encore du modélisme quand il n’y aura plus aucune vitrine ! Les plus belles images du NET ne remplaceront jamais l’attractivité d’un matériel que l’on peut toucher chez un revendeur.
Cette méthode détestable issue d’un capitalisme décomplexé va non seulement faire mourir les magasins spécialisés, mais aussi les fabricants, petits et grands, qui ne pourront plus distribuer leurs produits dans leur circuit habituel du fait d’un différentiel de prix trop important.

Mon avis est que si notre façon d’acheter n’évolue pas, si nous continuons à déserter le peu de magasins qu’il reste, c’est tout notre loisir qui va disparaitre.

La pratique actuelle est incontestablement d’acheter des produits à faible coût, hors Europe, sur les sites chinois pour la grande majorité. Tous ces produits sont très vite consommés et l’on passe à autre chose. On a du matériel à ne plus savoir qu’en faire, et qu’importe la qualité, qu’importe que les modèles ne soient pas suivis, qu’il n’y ait pas de pièces détachées, qu’il n’y ait pas de notice en allemand, que les étiquettes CE soient falsifiées : ce n’est pas cher et c’est la seule chose qui compte.
Pourtant, au final, nous payons bien ces articles au prix fort, mais nos œillères nous empêchent de voir que ce que nous ne payons pas dans ces importations à bas prix, nous le payons sous forme de cotisations chômage à ceux que nous jetons en marge de la société, ceux-là même qui nous avaient apporté le plaisir lié à notre formidable activité de loisir. Non messieurs, ne croyez pas que nos commerçants sont des voleurs : vous n’accepteriez pas d’avoir des salaires aussi bas !
Les produits purement chinois ne durent même pas le temps d’une saison car ils sont vite remplacés par de nouveaux produits avec une apparence modifiée, tout en ayant la même conception technique copiée sur des modèles développés chez nous. Ils arrivent ici sans frais de douane, sans TVA et sans frais de port car c’est la Chine qui, pour favoriser le dumping commercial, sponsorise le transport vers notre pays.

Pour permettre à une poignée de grands industriels d’exporter leurs production vers la Chine, nos politiciens, en contrepartie, nous laissent littéralement envahir par les produits de gens sans scrupules qui, quand nos magasins et distributeurs auront disparu, se tourneront vers d’autres spécialités car ils n’auront plus rien à copier. A ce moment, il sera trop tard : notre savoir faire dans ce domaine aura disparu.

Bien sûr et depuis longtemps la production est faite dans les pays asiatiques. Les charges devenues insupportables en Europe ont contraint nos fabricants, sous peine de disparaitre en n’étant plus concurrentiel, à se tourner à contrecœur vers cette mauvaise solution. Cependant, il y avait un ordre des choses établi et respecté : un concepteur, un fabricant, un distributeur et un magasin. Mais la mondialisation et les accords internationaux de libre-échange sont passés par là, ouvrant nos frontières à tout et n’importe quoi, mettant chaque année un peu plus de sable dans cette mécanique bien huilée qui satisfaisait pourtant tout le monde. L’Europe, elle aussi, au lieu de nous protéger et de nous rendre plus forts, nous a imposé toujours plus de normes qui nous coûtent une fortune pour chacun des produits mis sur le marché. Cela peut paraitre une bonne chose, sauf que ces normes ne sont aucunement respectées par nos concurrents hors CE, d’où une concurrence d’autant plus déloyale. Faute de contrôles à nos frontières, nous sommes impuissants face aux importations sauvages de produits parfois dangereux.

Nos fabricants, qu’ils soient de petits artisans ou des PME dotées de bureaux R &D, ont toujours été jusqu’ici à l’écoute du terrain, grâce au réseau de revendeurs. Nous avons toujours connu des évolutions positives grâce à eux et ces évolutions n’ont été possibles que grâce aux remontées d’informations de nos terrains de modélisme.
Cette situation gagnant-gagnant ne peut passer que par une concertation entre le client et le fournisseur d’innovation. Les fabricants ne peuvent pas fournir les services qu’attendent les consommateurs et répondre à leurs exigences s’ils n’ont plus de lien et d’échanges avec le terrain, par l’intermédiaire des magasins spécialisés.
Même les vidéos sur Internet, que j’aime créer, ne peuvent pas remplacer les conseils d’experts individuels. Sans revendeur spécialisé, le système de développement, de la production à la vente, se décompose et disparait.

Il y a une situation gagnant-perdant qui s’accroit depuis des années ! Notre argent va de plus en plus à ceux qui copient nos produits, nos innovations, et non plus à ceux qui les ont créés.

Nous devons pointer du doigt ce danger qui menace non seulement les commerces de modélisme, mais aussi tous les autres petits commerces de nos villes et en fin de compte notre société. Nous creusons la tombe de nos fabricants, de nos revendeurs spécialisés, et bien sûr la nôtre. En laissant notre budget à l’écart des forces d’innovation allemandes. Nous donnons alors l’argent aux mauvaises personnes, à savoir ces producteurs sans foi ni loi qui engrangent les récoltes qui devraient être les nôtres, sans avoir investi un seul euro dans le développement.
Mais attention : encore une fois, si nos fabricants doivent disparaître en raison de notre comportement d’achat, les copieurs et les « réplicateurs », privés de leur source d’inspiration, se tourneront sans état d’âme vers d’autres domaines, comme par exemple Hangar 9, qui travaille désormais pour l’industrie automobile. Alors le modélisme aura complètement disparu. Déjà Hobbico, le N°1 Mondial, JR, Kyosho et Futaba sont en grande difficulté ; chez nous Robbe a déjà disparu ; à qui le tour ?

Aujourd’hui, après que la majeure partie des consommateurs de masse se soit détachées des distributeurs classiques, il reste les véritables modélistes attachés aux beaux modèles, ceux qui savent reconnaître la qualité et aussi l’acheter. Je les vois comme une communauté qui prend la juste mesure de ses actes concernant nos comportements d’achats pour notre passe-temps et qui accorde plus d’attention à notre véritable intérêt économique. C’est principalement à eux que je m’adresse en leur demandant de tenir compte de ces quelques lignes…
Jusqu’ici considéré comme sérieux et formateur, notre loisir est maintenant montré du doigt comme une activité dangereuse pratiquée par des irresponsables, et de nouveaux textes de lois risquent de nous empêcher de voler avec des machines de plus de 800 grammes. Travaillons ensemble pour bannir de nos terrains ces matériels falsifiés et souvent dangereux. N’acceptons plus ces consommateurs inconscients qui viennent encombrer nos pistes avec du « prêt à crasher » qu’ils ont acheté comme ils auraient acheté une canne à pêche ou une guitare. Refusons l’accès de nos aérodromes à ces modélistes d’un jour.
Les modèles réduits ne sont pas des jouets. il est temps de remettre les pendules à l’heure et de rendre à César ce qui est à César.

Il est grand temps que le sujet soit ouvert !